Extraits

Les faux pas

Dans quelques ruelles, on connaît et l’on voit les mêmes choses. Dans cette ambiance feutrée, de rouge et de noir où la religion se mêle sensuellement à l’impiété. Ce coin de la rue des martyrs, isolé voire même abandonné. Cette odeur qui se fixe à la peau et cette chaleur que l’on ressent, les lèvres s’humidifient et les yeux se font lourds.

Elle était là, en face, elle marchait sans but et ses courbes semblaient dessiner d’autres vagues, comme des échos dans cette chaleur. Ses yeux pleuraient et le mascarra se laissait aller à redessiner les creux de son visages, tombant sur ses paumettes. Ce soir là, l’alcool avait coulé à flots, à flots perdus pour ainsi dire, épongant une défaite, quelques faux pas de trop. Il était là dans cette ruelle, laissant la fumée d’une cigarette embrasser les fibres de son costume italien à la forme désassemblée. Une jambe sur le muret qui lui servait à se maintenir et les yeux dans le vague de cette ruelle.

Tandis qu’elle s’approchait, il ne leva pas les yeux et se laissa lentement berser par la musique de ses talons sur un sol humide. Il pouvait entendre ses talons vasiller sur les imperfections d’un sol usé par les années. Elle s’approcha, puis ralentit pour se mettre face à lui, elle le fixait, dépitée et fatiguée. D’un simple geste elle lui vola une bouffée avant d’écraser le mégot. Ils se fixèrent l’espace d’un instant et la danse commença…

Les mêmes mouvements que quelques minutes auparavant, ces mêmes mouvements qui leur avaient été interdits. Elle se rapproche, leurs lèvres se cherchent pour se frôler et sans se toucher leurs jambes dessinent des cercles sur ce sol, le désir apparaît une main qui descend sur sa hanche et l’agrippe, pour la faire tourner, sur elle-même, lui faire perdre les quelques repères que la nuit effaçait déjà. Lentement, le désir se transforma en passion, son coeur battait au rythme d’un tango, précis et saccadé, sensible et puissant. Ses yeux se perdirent dans les siens et sa main se posa sur la sienne. La frsutration qu’ils avaient amassés s’empara lentement de leurs corps pour rappocher les hanches, les mains se serrèrent, elle se cambra tandis qu’il l’accompagna dans cette descente aux bas-fonds de cette danse des saletés. Elle se fit molle entre ses bras, soumise aux pulsions les plus basses tandis qu’il serrait et tournait, la faisant tourner, les pensées qui se mélangaient et la nuit qui berçait ce tango improvisé.

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