juin 23, 2008...2:42

Morceaux choisis, Les Piliers de sable

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Simple partie d’une nouvelle en cours de réécriture Les Piliers de Sable

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Mais qui s’en souciait à présent?

Arrivé dans le salon c’était toujours pareil, une pièce vide, quelques draps blanc comme des linceuls éparpillés dans la pièce, un vieux miroir recouvert d’un lourd rideau. Cette lumière, persistante, le jaune, ternit, comme de l’or vieillit par la poussière. Elle qui se tenait à la fenêtre, dans une robe de soie, le dos nus caressé par les quelques rayons de lumière qui parvenaient à envahir cette pièce. Elle ne me regardait jamais, le regard figé sur cette fenêtre. J’ai longtemps pensé à ce qu’elle y voyait. L’exterieur avait cela d’attirant que d’ici on le croyait à nous, tout Paris pour une simple fille.
C’était sans doute ça pour elle, l’impression de revoir un royaume à sa porte, et la volonté de ne jamais lui tourner le dos pour n’y revoir que de la poussière et quelques vieux meubles. Je suis souvent resté là à la regarder, sans rien dire, habillés comme chaque jour, une tâche sur un vieux tableau. Elle non plus ne disait rien, chaque jour, sa seule présence me rassurait, pas besoin de conversation ni même de regards, nous étions l’un pour l’autre des chiens de faïence, ébréchée pour l’occasion. Durant plusieurs heures, nous restions là, dans une pièce immense à laisser la musique d’un vieux tourne disque guider nos pensées. Quelques fois une phrase brisait ce silence, un regard, même un sourire lorsque nous pouvions. D’autres fois, de simples caresses, amicales et rassurantes. Nos deux vies entremêlées avaient laissées sur nos âmes un goût d’amertume, une profonde colère dont je ne me séparait que durant ces quelques heures passées au centre d’un paradis perdu. Je n’ai jamais vraiment su si j’ai apaisé sa peine.
Lorsque nous sortions, nous nous comportions comme dans un bal, masqué de surcroît. La même recette imparable, quelques sourires parfois même volant en éclats, et de grandes discussions. A nous deux, nous avons dû refaire le monde une centaine de fois, un monde que l’on aurait crut à nous mais qui nous a ôté nos voeux les plus chers. Ce même monde que nous cherchions sans cesse à fuir en nous réfugiant ici. Cet après midi là nous étions heureux, du moins autant que nous pouvions l’être, on se connaissait si bien que nos discussion avaient toutes un goût de déjà vue, de déjà vécue. Cette fois le goût que le vin avait laissé à nos lèvres nous étaient montés à la tête, une saveur si puissante au bout de nos langues que l’envie d’une carresse n’était plus tenable. C’est ici, face à ce vieux miroir, éclairé par un soleil mourrant qu’elle me vit pour la première fois tel que j’étais, cette tâche sur un vieu tableau. Elle si belle, si parfaite en toute occasion et pourtant souffrante, de maux qu’on ne croirait plus à notre époque mais dans cette pièce le temps s’arrêtait, seul le soleil allant jusqu’à sa couche nous donnait l’illusion de vivre notre vie.

Tant de fois j’ai pensé à ma main sur elle, à une caresse qui ne serait pas avortée par trop de pensées inutiles, j’aurais voulus être là, pour elle et rien de plus. Elle aussi et nous le savions tous les deux, la seule connaissance de nos corps manquait à nous réunir pour de beau. C’est là, face à elle que je me sentais le plus faible à présent, il n’y avait rien de plus intimidant que cette fille, cette femme pour moi qui me regardait comme aucune autre simplement parce que j’avais été là pour elle il y a quelques temps. Pour elle je ne devais être qu’un pansement de l’âme et je ne sais ce qui la poussa vers moi mais à ce moment précis, aucune pensée ne me venait. Elle déposait sa main sur moi et plus rien n’existait, il n’y avait plus de paradis et plus rien à conquérir, juste ses yeux face aux miens. Pourtant, son regard avait quelque chose de funeste, comme la lumière du soleil qui s’éteignait peu à peu, je pouvais voir une fin, douloureuse, un vide. C’était cette conversation là…une de trop sans doute, je n’aurais jamais du lui dire. Elle était là pourtant, pour moi, et cette volonté de trop connaître. Sa main sur moi elle parcourut tout ça, de fines carresses jusqu’à ces marques qu’on ne pouvait que sentir maintenant. Tout finit par disparaître en surface. Mon paradis perdu, c’est une enfance volée dont le vestige residait à présent sous sa main. Pourtant même elle ne pouvait rien y changer à présent, elle le sentait, c’est autre chose que de le savoir. Et c’est là, qu’une larme vint à se reposer pour y mourir, sur sa joue, juste sous ces yeux que je voyais s’assombrir. C’est ici, dans cette pièce que j’ai du renaître, plus rien ne m’en empêchait, c’était de la voir rouler sur son visage pour une simple marque de ceinture, à peine une boucle, qu’elle aurait pu faire disparaître, mais ça semblait trop important; même pour elle.
Cet après midi là, torse nu, au centre d’un ancien royaume, sa main sur moi nous avons compris que plus rien ne serait jamais pareil. Jamais. Je n’y suis jamais revenus.

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