Elle était assise là, à ses côtés, si parfaite et pourtant si réelle. Cette fille qu’il avait tant de fois regardé et qu’il semblait découvrir pour la première fois ce soir là. Elle se tenait ainsi, immobile, sur ce canapé, un verre à la main et l’iris absente plongée dans les reflets d’une lumière feutrée au travers d’une bouteille. Durant les quelques secondes qui suivirent, le temps lui sembla s’arrêter et les secondes ralenties, il se mit à l’observer de la pointe de ses cheveux noirs tombant sur ses épaules aux arabesques de sa robe, formant un nouveau visage à chacun de ses mouvements. La lumière d’une lampe donnait à sa peau une couleur dorée que soulignait le noir de ses yeux et il en vint à se perdre dans ce monde découvert entre les épaules; le creu que formait la position de ses bras comme une réponse à celle de ses jambes. Il aurait souhaité figer le temps qu’il ne pouvait alors que mesurer sur les rides d’un vieux disque tournant.
Entre deux fausses notes attribuées sans doute à la vieillesse du disque, il détacha son regard pour rassembler les restes d’une iris dissolue sur son dos, que la robe découvrait pour ne souligner que ses reins.
C’est ici, au milieu de ces creux, accentués davantage par les infimes mouvements que sa main imposait à son verre , qui lui vinrent ces pensées, et cette gêne concentrée sur un regard de trop sans doute et pourtant ce besoin irrépressible d’y déposer sa main à defaut de ne pouvoir goûter ses lèvres. Ce dernier élan se fit sous couvert d’une proximité excusée par la présence des verres et des bouteilles vides et fut pour lui, l’ultime souhait exaucé de cette soirée arrosée; afin de vérifier cette réalité du toucher qu’il nourrissait en quelques secondes et pour quelques rimes déposées dans la pièce par un vieux disque rayé.